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Comment savoir si mon corps se sent en sécurité ?

Photo du rédacteur: Idris Lechaptois
Idris Lechaptois
26 août
6 min de lecture

Le corps sait souvent avant nous

Lorsque je repense aux moments où mon corps se sent profondément en sécurité, je ne pense pas d'abord à une situation.


Je pense à des sensations : 

  • Ma respiration devient plus ample.

  • Ma cage thoracique s'ouvre.

  • Mes épaules se relâchent.

  • Mon visage se détend.

  • Je souris sans même m'en rendre compte.


Je sens une forme de calme intérieur, une confiance tranquille.


À l'inverse, lorsque mon corps ne se sent pas en sécurité, tout change :

  • Ma respiration devient plus courte.

  • Mon ventre se serre.

  • Mes épaules remontent.

  • Mon front se crispe.


Mon attention quitte progressivement mon corps pour rejoindre mon mental.

Je réfléchis davantage, j'anticipe, j'analyse.

Comme si mon énergie cessait d'habiter mon corps pour essayer de contrôler ce qui pourrait arriver.


Avec le temps, j'ai compris que ces changements sont souvent beaucoup plus fiables que les discours que je peux me raconter.

Le corps ne cherche pas à avoir raison, il informe.

La question qui change tout

Lorsque quelqu'un arrive en séance, je ne lui demande jamais : “ Ça va ? “

Cette question est devenue une formule de politesse.

Nous connaissons déjà la réponse, automatique : "Ça va."

C’est facile, avec cette réponse, on ne dit pas si ça va bien ou pas bien et pour nous qui avons posé la question, pas besoin de s’intéresser vraiment à ce que la personne peut traverser.


Alors je préfère demander : 

"Comment est-ce que tu te sens ?"

Cette question ralentit immédiatement le rythme.

Elle invite la personne à quitter quelques instants les conventions sociales pour revenir vers son expérience.


Comment je me sens...

  • Dans mon corps ?

  • Dans mon cœur ?

  • Dans mes émotions ?

  • Dans mes sensations ?


Souvent, un silence apparaît, les épaules se relâchent, le souffle devient plus profond,  le regard change.

Comme si la personne découvrait qu'elle avait le droit de s'écouter avant de répondre.

C'est souvent là que le sentiment de sécurité commence à apparaître.

Pas parce que tout est résolu.

Mais parce que quelqu'un (parfois pour la première fois depuis longtemps) s'intéresse réellement à ce qui se vit en elle.


Cette manière d'entrer en relation est également au cœur de l'article Le rôle de la sécurité dans le massage tantrique, où j'explique pourquoi la clarté, le cadre et l'écoute précèdent toujours le toucher.


Le corps raconte souvent ce que les mots taisent

Il m'arrive d'entendre une personne dire : "Tout va bien."

Et pourtant son regard fuit, sa respiration reste bloquée, ses épaules semblent porter un poids invisible.

Comme si le corps portait une armure que l'on finit par oublier tant on s'y est habitué.

Puis, progressivement au cours de nos échanges la personne comprend qu'elle pourra choisir : 

  • Dire oui.

  • Dire non.

  • Modifier une proposition.

  • Poser une limite.

  • Prendre son temps.


À cet instant, quelque chose change.


C'est un peu comme si elle déposait un sac très lourd qu'elle portait depuis longtemps.

Les épaules se relâchent, le souffle s’approfondit, la présence revient.


La sécurité ne consiste pas à ne plus avoir peur

Pendant longtemps, je pensais que me sentir en sécurité signifiait ne plus vivre d'inconfort.

Aujourd'hui, je comprends que je peux ressentir de la peur, du doute, de l'inconnu et me sentir pourtant profondément en sécurité.


Parce que je sais que je peux  : 

  • m'écouter.

  • reconnaître ce que je ressens.

  • changer d'avis.

  • ralentir.

  • partir.

  • demander.

Je sais que je peux prendre soin de moi.

Je crois que c'est là que commence la véritable sécurité intérieure.


Plus j'écoute mon corps, moins je demande aux autres de deviner mes besoins

Cette compréhension a profondément changé ma manière de vivre les relations.


Pendant longtemps, j'anticipais énormément les besoins des autres.

Sans même m'en rendre compte, j'attendais qu'ils fassent la même chose pour moi.

Et lorsqu'ils ne le faisaient pas, je leur en voulais alors qu'ils ignoraient simplement ce dont j'avais besoin.


En apprenant à écouter davantage mon corps, j'ai commencé à mieux reconnaître mes besoins, mes limites et mes envies.


À partir de là, il est devenu plus facile de dire :

  • Oui.

  • Non.

  • Pas maintenant.

  • J'aimerais autre chose.


Je ne demande plus aux autres de deviner ce que je ne connais pas moi-même.

Cette évolution m'a apporté beaucoup plus de légèreté dans mes relations.

Parce que chacun peut désormais prendre sa part de responsabilité.


Cette idée rejoint également les réflexions développées dans la page Cadre et éthique, où j'explique pourquoi la responsabilité de chacun participe à créer un espace réellement sécurisant.


Revenir dans son corps commence parfois par quelque chose de très simple

Lorsque quelqu'un me dit : "Je ne sais plus écouter mon corps.", je l'invite à porter son attention vers une évidence : 

  • Sentir ses pieds sur le sol.

  • Sentir le poids du corps sur une chaise.

  • Sentir sa respiration entrer et sortir.


Ces sensations sont difficiles à contester et deviennent des premiers repères.


Puis viennent d'autres informations : 

  • Une tension.

  • Une chaleur.

  • Une envie.

  • Une limite.

  • Une émotion.


La sécurité intérieure ne se construit pas en cherchant des ressentis extraordinaires.

Elle commence souvent par reconnaître ceux qui sont déjà présents.


Si cette démarche résonne avec toi, tu peux également lire l’article Pourquoi je ne ressens plus mon corps ?, qui explore les mécanismes qui amènent progressivement à la déconnexion corporelle.


Dans le massage, la sécurité précède toujours le toucher

Pour moi, le massage commence bien avant le premier toucher.

Il commence dans la rencontre, les explications, le cadre, la possibilité de poser des questions, de dire non, de changer d'avis, de préciser ses limites, de comprendre exactement ce qui va être vécu.

Lorsque cette sécurité est là, le corps peut progressivement relâcher ce qui n'a plus besoin d'être porté.

Le toucher ne crée pas cette sécurité.

Il y participe en venant s’appuyer sur le cadre qui le précède.


C'est cette manière d'accompagner qui donne toute sa place au massage taoïste sensuel, non comme une technique destinée à produire un résultat, mais comme un espace où le corps peut continuer à approfondir un sentiment de confiance déjà installé.


La sécurité intérieure est peut-être la première forme de liberté

Je crois que nous passons beaucoup de temps à chercher des garanties à l'extérieur alors qu'une autre forme de sécurité existe, plus discrète, plus profonde.


Celle qui naît lorsque nous savons que nous pouvons compter sur nous-mêmes.

Lorsque notre corps découvre qu'il sera écouté, que ses limites seront respectées, que ses besoins auront le droit d'exister.

À partir de là, les décisions deviennent souvent plus simples, les relations plus légères et la vie un peu moins défensive.

Pour poursuivre ce chemin

Si ce sujet vous parle, vous pouvez poursuivre votre lecture avec :

Ce que j'observe

Les personnes qui commencent à se sentir davantage en sécurité ne changent pas seulement leur manière de respirer ou de se détendre.


Elles changent leur manière d'habiter leur vie.

Petit à petit, elles cessent d'attendre que les autres devinent leurs besoins.

Elles apprennent à les reconnaître elles-mêmes, à les exprimer, à poser une limite lorsque cela est nécessaire, à changer d'avis sans culpabiliser, à dire oui avec davantage d'élan, à dire non avec davantage de tranquillité.


Je remarque souvent que la sécurité intérieure n'arrive pas lorsque tout devient parfaitement prévisible.


Elle grandit lorsque nous découvrons que nous pouvons compter sur nous-mêmes.

Que nous sommes capables d'écouter notre corps et de prendre soin de ce qu'il nous indique.


Ce que la recherche nous apprend

Le neuroscientifique Stephen Porges, à l'origine de la théorie polyvagale, propose que notre système nerveux évalue en permanence, souvent de manière inconsciente, si notre environnement est suffisamment sûr ou non.


Cette évaluation influencerait notre respiration, notre posture, notre rythme cardiaque, notre capacité à entrer en relation ou, au contraire, à nous protéger.

Ses travaux ont profondément marqué les domaines du trauma, de la psychothérapie et de l'accompagnement corporel.


En revanche, il est important de distinguer deux niveaux.


Il est aujourd'hui bien établi que le système nerveux autonome joue un rôle essentiel dans la régulation du stress, des émotions et des réactions physiologiques face à une menace.


En revanche, certains mécanismes précis proposés par la théorie polyvagale et certaines applications qui en sont faites restent discutés au sein de la recherche scientifique.

Autrement dit, les intuitions cliniques de Stephen Porges sont largement utilisées par de nombreux professionnels, mais elles ne font pas encore l'objet d'un consensus complet sur tous leurs aspects.


Une idée, en revanche, fait aujourd'hui largement converger les recherches : notre sentiment de sécurité ne dépend pas uniquement de ce qui se passe autour de nous.

Il dépend aussi de notre capacité à percevoir les signaux envoyés par notre propre corps et à y répondre de manière adaptée.


Pour aller plus loin

Ouvrages

  • Stephen Porges — La théorie polyvagale

  • Deb Dana — Ancré (Anchored), une approche très accessible pour comprendre comment développer un sentiment de sécurité intérieure au quotidien.


Auteur complémentaire

Deb Dana

Psychothérapeute américaine, elle a largement contribué à rendre les travaux de Stephen Porges accessibles au grand public et aux praticiens. Ses ouvrages proposent des outils concrets pour reconnaître les états du système nerveux et développer davantage de sécurité dans la vie quotidienne.


Personne respirant profondément, les épaules relâchées, illustrant les signes d'un corps qui retrouve un sentiment de sécurité intérieure.
Personne respirant profondément, les épaules relâchées, illustrant les signes d'un corps qui retrouve un sentiment de sécurité intérieure.

 
 
 

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