Le lien entre énergie sexuelle et énergie de vie
Il y a des moments où je me sens particulièrement vivant.
Pas forcément parce qu’il se passe quelque chose d’extraordinaire, que tout va bien ou que j’ai beaucoup d’énergie au sens physique du terme.
Parfois, je marche simplement dehors. Je respire. Je sens le vent sur ma peau. Je regarde la lumière changer sur le paysage. Et soudain, quelque chose s’ouvre.
Je pense à une balade que j’ai faite en arrivant en Bretagne, sur la côte. La houle était forte. Les vagues se formaient devant moi, l’écume apparaissait au sommet, le vent soufflait sur mon visage et le soleil traversait les nuages.
Je me suis mis à pleurer.
Des larmes de joie, silencieuses, devant la beauté de ce qui était là.
J’avais la sensation de faire partie d’un tout.
À cette époque, ma vie n’était pourtant pas particulièrement simple. Il y avait des problèmes matériels, mon van était en panne, des questions d’assurance, des incertitudes financières. Et malgré tout cela, je sentais un élan.
J’étais là où j’avais envie d’être.
Je me sentais vivant.
Comme si, pendant quelques instants, je n’étais plus séparé de ce qui m’entourait.
Pour moi, cette sensation touche à quelque chose que j’appelle aujourd’hui l’énergie de vie.
Et avec le temps, j’ai commencé à faire un lien entre cette énergie et ce que l’on appelle l’énergie sexuelle.
Une énergie qui crée
Quand je parle d’énergie sexuelle, je ne parle pas uniquement de sexualité.
Le mot « sexuelle » peut facilement nous enfermer dans une représentation très étroite : le désir, les organes génitaux, l’excitation, l’orgasme.
Pourtant, dans mon expérience, quelque chose de plus vaste est à l’œuvre.
L’énergie sexuelle est une énergie créatrice.
Celle qui participe à la création de la vie lorsque nous faisons un enfant.
Et qui peut aussi, d’une autre manière, participer à la création d’une œuvre, d’un projet, d’une relation, d’une famille, d’une nouvelle manière d’habiter sa vie.
Il y a dans tout cela un même mouvement : quelque chose qui cherche à prendre forme.
C’est peut-être pour cela que je parle aujourd’hui davantage d’énergie de vie que d’énergie sexuelle.
Parce que ce qui m’intéresse, ce n’est pas seulement ce qui se passe dans la sexualité.
C’est ce que cette énergie met en mouvement dans l’ensemble de notre existence.
L’énergie de vie comme élan
Je reconnais cette énergie à une forme de présence.
Quand elle circule, quelque chose devient plus vivant.
Je peux être absorbé par un projet, perdre la notion du temps, avoir envie d’explorer, de créer, de rencontrer, de faire.
Je peux aussi être simplement présent à quelqu’un, devant un paysage ou dans une relation sexuelle.
Il y a alors une forme de fluidité, je suis là et je vis le moment.
Cela me fait penser à certaines expériences de l’orgasme : pendant quelques instants, l’attention peut devenir extrêmement présente, le mental peut s’effacer, et la sensation d’être pleinement vivant prendre toute la place.
Je ne dis pas que l’orgasme est la forme ultime de cette énergie.
Au contraire, plus j’explore cette question, plus je vois que la vie peut être intensément vivante sans passer par la sexualité.
Ce que le taoïsme a ouvert pour moi
C’est notamment à travers le taoïsme que j’ai commencé à expérimenter cette notion d’énergie de manière beaucoup plus concrète.
Le Qi, ou Chi, est une notion centrale de la pensée et de la médecine chinoises traditionnelles, souvent traduite par « énergie vitale » ou « souffle vital ». Cette traduction reste toutefois approximative : le concept de Qi est plus large et ne correspond pas exactement à une notion occidentale unique.
Dans les approches que j’ai rencontrées, le souffle, le mouvement, certaines pratiques comme le Qi Gong, l’attention portée aux sensations ou encore le massage sont des manières d’explorer cette circulation.
Je ne suis pas entré dans le taoïsme par la théorie, je l’ai rencontré par le corps :
En respirant.
En bougeant.
En massant.
En ressentant.
Et peu à peu, j’ai découvert qu’une sensation pouvait apparaître, se déplacer, s’amplifier, puis se diffuser autrement dans le corps.
Cela peut passer par le souffle, par l’attention, par un mouvement, par une visualisation, par le toucher.
Il ne s’agit pas de créer quelque chose mais de laisser circuler ce qui est déjà là.
Le tantra m’a également amené sur ce chemin, par une autre porte d’entrée.
Dans certaines traditions tantriques, la kundalini est décrite comme une force ou une puissance liée à la transformation et à la conscience. Son histoire et ses représentations ont évolué au fil des traditions et des textes.
Je ne dis pas que Qi et kundalini sont exactement la même chose. Les traditions ont leurs propres histoires, leurs propres concepts et leurs propres pratiques.
Dans mon parcours, ces principes sont venues se rencontrer autour d’une expérience commune : le corps comme lieu de présence, de transformation et de circulation de la vie.
Le souffle change beaucoup de choses
Le souffle est probablement l’une des portes les plus simples vers cette expérience.
Nous pouvons retenir notre respiration sans même nous en rendre compte.
Quelques secondes, parfois beaucoup plus longtemps.
Le ventre se contracte. La poitrine se fige. Le plexus solaire se tend.
Et quelque chose de notre présence se rétrécit.
Je l’observe aussi dans ma pratique du massage.
Quand le souffle retrouve de l’espace, le corps peut parfois retrouver davantage de mobilité et de disponibilité.
Cela ne signifie pas qu’il faudrait respirer d’une certaine manière en permanence.
Il existe aussi des moments où retenir son souffle peut être une expérience choisie, consciente, et parfaitement adaptée à ce que nous vivons.
Ce qui m’intéresse, c’est la différence entre un corps qui choisit et un corps qui se contracte sans que nous le remarquions : la conscience change déjà beaucoup de choses.
Ce que la sexualité a changé pour moi
Ma propre manière de vivre la sexualité a évolué avec ces explorations.
Je ne cherche plus systématiquement à atteindre l’orgasme ou l’éjaculation.
Je peux prendre davantage de temps, m’arrêter, revenir au souffle, sentir ce qui se passe dans mon corps, partager du plaisir sans chercher à aller quelque part…
Et surtout, je peux sortir de l’idée qu’une relation sexuelle devrait forcément suivre un scénario connu.
Cela ne signifie pas que l’orgasme ou l’éjaculation seraient quelque chose à éviter.
J’aime aussi cela.
Il y a simplement davantage de possibilités.
Une sexualité lente peut être consciente.
Une sexualité rapide peut aussi être consciente.
Un orgasme peut être profondément vécu.
Et il peut aussi arriver sans grande présence.
Ce n’est pas la vitesse ou la forme qui fait à elle seule la qualité de l’expérience.
C’est la manière dont elle est habitée.
Quand les pratiques deviennent des injonctions
C’est aussi là que je reste vigilant avec certaines pratiques autour de l’énergie sexuelle.
« Il ne faut pas éjaculer. »
« Il faut faire monter l’énergie. »
« Il faut la faire circuler. »
« Il faut retenir. »
À force de chercher à bien faire, nous pouvons recréer une nouvelle forme de contrôle.
Et nous éloigner de ce qui était peut-être le plus précieux au départ : écouter ce qui est vivant maintenant.
Qu’est-ce que je veux aujourd’hui ?
Est-ce que c’est juste pour moi ?
Est-ce que ce que je propose à l’autre est juste pour elle ou pour lui ?
Est-ce que nous passons tous les deux un bon moment ?
Ces questions me semblent parfois plus intéressantes que n’importe quelle règle.
Il peut y avoir des moments où j’ai envie de garder cette énergie dans mon corps.
D’autres où j’ai envie de la laisser se déployer.
Et d’autres encore où j’ai simplement envie de jouir, sans chercher à en faire une expérience spirituelle.
Je ne crois pas que la vie ait besoin d’être constamment optimisée.
Une sexualité vivante n’est pas forcément une sexualité intense
Cette exploration a aussi changé ma manière de regarder la sexualité.
Elle peut être très intense, douce, joueuse, lente, simple.
Un regard, une main posée sur le corps, un souffle partagé, une présence.
Dans mon accompagnement par le massage, je rencontre parfois des personnes qui ont construit leur rapport à la sexualité autour d’un objectif précis.
Par exemple, un homme que j’ai accompagné rencontrait des difficultés d’érection.
Le massage ne cherchait pas à « régler » ce problème.
Il permettait simplement d’explorer le plaisir autrement.
De sortir un instant de la focalisation sur les organes génitaux.
De découvrir que le corps peut être source de sensations, de présence et de plaisir bien au-delà de ce qui fonctionne ou ne fonctionne pas à un endroit précis.
Et parfois, ce déplacement suffit à ouvrir une autre relation à soi.
Pas toujours, pas pour tout le monde.
Mais l’expérience peut devenir différente lorsqu’il n’y a plus quelque chose à réussir.
Le plaisir peut remettre de la vie dans la vie
Je crois que c’est aussi pour cela que le plaisir m’intéresse autant.
Pas uniquement le plaisir sexuel.
Le plaisir d’un repas, d’une promenade, d’une rencontre, d’un projet qui prend forme, d’un corps qui bouge, d’une musique, d’un paysage, d’un moment de présence.
Le plaisir n’est pas forcément une récompense reçue après avoir accompli quelque chose.
Il peut aussi être un signe que quelque chose en nous est vivant.
Un article scientifique publié en 2024 et proposant une revue systématique réalisé sur 63 études, a retrouvé des associations entre différents indicateurs de santé sexuelle et le bien-être, notamment la qualité de vie et la satisfaction de vie.
Ces travaux montrent des associations : ils ne permettent pas, à eux seuls, d’affirmer une relation de cause à effet. Ils ne démontrent évidemment pas non plus les concepts d’énergie vitale du taoïsme ou de kundalini.
Ils m’intéressent néanmoins pour une autre raison : ils rappellent que la sexualité ne se situe pas dans une petite case isolée de notre existence.
Elle peut être liée au bien-être et à notre manière plus globale de vivre, de nous sentir et d’habiter notre vie.
Prendre soin de son énergie sexuelle, c’est prendre soin de sa vie
Aujourd’hui, prendre soin de mon énergie sexuelle ne signifie donc pas uniquement prendre soin de ma sexualité.
Cela signifie aussi prendre soin de ce qui me met en mouvement :
De mes rêves.
De mes envies.
De mes projets.
De ma créativité.
De ma joie.
De mon plaisir.
De ma relation à moi-même et aux autres.
Cela peut passer par le repos, le Qi Gong, le yoga, le sport, une promenade, un massage, du temps partagé avec ma compagne, un moment dans la nature, ou simplement par cette question, que j’aime me poser :
Est-ce que ce que je suis en train de vivre me nourrit ?
Pas « est-ce que c’est bien ? ».
Pas « est-ce que je devrais faire autrement ? ».
Est-ce que cela me nourrit ?
L’énergie sexuelle comme manière d’habiter la vie
Je ne cherche pas à définir précisément ce qu’est l’énergie sexuelle.
Plus j’explore, plus je me méfie d’ailleurs des définitions trop fermées.
Je peux seulement parler de ce que j’expérimente.
Pour moi, elle touche à cette force créatrice qui traverse la vie.
Celle qui peut participer à la création d’un enfant, et aussi à la création d’une œuvre, d’une relation, d’un projet ou d’une nouvelle manière d’être au monde.
Celle que je peux ressentir dans ma sexualité.
Celle que je peux également ressentir face à la mer, dans un projet qui m’enthousiasme, dans une rencontre, dans une danse, dans un moment de profonde présence.
Elle n’est pas toujours forte.
Elle ne circule pas toujours avec évidence.
Il y a des périodes où je suis davantage dans le repos, l’intériorité, le ralentissement.
Et peut-être que cela fait aussi partie du mouvement.
Dans la pensée taoïste, le yin et le yang ne sont pas deux états figés : ils sont interdépendants et en transformation constante.
Cette idée me parle.
Je n’ai pas besoin d’être constamment en expansion.
J’ai besoin de pouvoir sentir ce qui est vivant maintenant.
Et parfois, quelque chose revient :
Une envie.
Un projet.
Une sensation.
Un désir de rencontrer.
Une idée.
Un élan.
Alors peut-être que l’énergie sexuelle n’est pas seulement une énergie qui nous pousse vers la sexualité.
Peut-être est-elle aussi une manière d’habiter pleinement notre capacité à créer, à ressentir et à donner forme à la vie.
Et peut-être que la question la plus intéressante n’est finalement pas :
« Comment avoir plus d’énergie ? »
Mais plutôt :
« Qu’est-ce qui, aujourd’hui, a envie de vivre à travers moi ? »
Pour poursuivre ce chemin
L'article - Tantra et énergie vitale — pour approfondir la manière dont le tantra peut être une voie d’exploration du corps, de l’énergie et de la conscience.
L'article - Taoïsme et médecine chinoise — pour découvrir les bases de la vision taoïste du corps, du souffle et de la circulation de l’énergie.
La page - Énergie, plaisir et vitalité — pour retrouver l’ensemble des réflexions consacrées à cette dimension du travail corporel et de l’intime.





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