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Émotions dans le corps : comprendre et accueillir ses sensations

Photo du rédacteur: Idris Lechaptois
Idris Lechaptois
30 sept.
8 min de lecture


Une émotion peut faire pleurer.

Elle peut faire rire aussi.

Elle peut serrer la gorge, nouer le ventre, tendre la mâchoire, modifier la respiration ou donner envie de bouger.


Parfois, elle ouvre quelque chose.

Parfois, elle contracte.

Et parfois, il est difficile de mettre des mots dessus.

Je me suis longtemps intéressé à cette relation entre ce que je vivais et ce qui se manifestait dans mon corps. Aujourd’hui, je ne cherche plus vraiment à savoir ce qu’une sensation « veut dire » et j’apprend à l’écouter.


Parce que le corps et les émotions sont intimement liés, sans pour autant fonctionner comme un dictionnaire dans lequel chaque sensation aurait une signification précise.


Quand une émotion prend corps

Je repense au décès de ma grand-mère, survenu il y a un an. Ce fut un moment de Vie important pour moi, autant par la façon dont je l’ai vécu que par ce qu’il m’apprenait.


J’ai ressenti de la tristesse, bien sûr, et pourtant, il n’y avait pas que cela.


Je me souviens avoir ressenti une forme de tiraillement intérieur, des contractions, de la crispation. Il y avait aussi une sensation de vide, comme si quelque chose avait été retiré à certains endroits de mon corps.


Et puis il y avait les larmes qui apportaient quelque chose de différent. Une forme de libération. J'aime à dire qu'une larme vaut mille mots.


Il y avait aussi de la mélancolie en repensant aux moments vécus ensemble. Et de la gratitude parce que j’avais pu lui dire au revoir, parler avec elle et partager encore certains moments avant son départ.


Plusieurs émotions pouvaient donc être présentes en même temps.

Et elles avaient chacune leur manière de se manifester dans mon corps.


Cette expérience m’a rappelé quelque chose de simple :

les émotions ne restent pas uniquement dans notre tête.

Elles peuvent se ressentir physiquement.


Une émotion peut modifier notre respiration, notre tonus musculaire, notre façon de bouger ou notre perception de ce qui se passe à l’intérieur de nous.


La recherche scientifique parle notamment d’interoception pour désigner la perception des signaux provenant de l’intérieur du corps. Ce domaine de recherche étudie aujourd’hui de près les liens entre sensations corporelles et expérience émotionnelle.


Pour autant, cela ne signifie pas qu’une sensation corporelle correspond automatiquement à une émotion précise.


Une émotion peut se manifester de nombreuses façons

La joie peut se traduire par des rires, une sensation d’expansion, de l’énergie, l’envie de bouger, une sensation agréable et difficile à nommer ou même des larmes.


La tristesse peut également amener des larmes, mais aussi une sensation de vide, une fatigue particulière ou une contraction dans le corps.


La colère peut donner envie de crier, de bouger, de taper dans un coussin, de marcher rapidement.


Le stress peut modifier la respiration, tendre la mâchoire ou créer une agitation intérieure.

Et pourtant, aucune de ces associations n’est universelle.

Une même émotion peut se manifester différemment selon les personnes.

Et une même sensation peut accompagner des émotions différentes.


Une boule dans le ventre peut apparaître avant une rencontre qui nous inquiète.

Elle peut aussi être présente lorsque nous sommes très excités par quelque chose.


Une gorge serrée peut accompagner la tristesse. Elle peut aussi apparaître lorsque nous retenons des mots, que nous avons peur ou que nous sommes profondément touchés.


Alors que faire de tout cela ?


Le corps n’est pas un dictionnaire à décoder

Lorsque quelque chose apparaît dans le corps, nous avons parfois immédiatement envie de savoir pourquoi : 

  • Pourquoi cette tension ?

  • Pourquoi cette boule ?

  • Pourquoi cette respiration qui se bloque ?

  • Pourquoi cette sensation revient-elle ?


Ces questions peuvent être utiles.

Et elles peuvent aussi devenir une manière de vouloir reprendre le contrôle.


Je connais cela chez moi.

Lorsque quelque chose m’agace ou me dérange, j’ai parfois envie de comprendre rapidement ce qui se passe pour pouvoir agir dessus.

Cela peut être une démarche saine : comprendre ce qui se joue permet parfois d’en prendre soin.

Et parfois, chercher absolument l’explication revient plutôt à vouloir faire disparaître ce que je ressens.


Ce n’est pas la même chose.


Il y a une différence entre :

« Qu’est-ce que je peux comprendre de cette sensation pour mieux prendre soin de moi ? »

et :

« Comment faire pour que cette sensation s’arrête ? »

La première question ouvre.

La seconde peut parfois nous remettre dans la lutte.


Accueillir avant de comprendre

Pour moi, accueillir une émotion commence par quelque chose de très simple :

reconnaître ce qui est là.


Je peux sentir quelque chose dans ma poitrine sans savoir exactement ce que c’est.

Je peux remarquer que ma mâchoire est tendue.

Que ma respiration est différente.

Qu’il y a une sensation de chaleur, de froid, de fourmis, d’ouverture ou de contraction.


Je peux simplement constater :

Tiens. Il se passe quelque chose ici.

Je n’ai pas forcément besoin de mettre immédiatement un mot dessus.

Et si je souhaite aller plus loin, je peux ensuite chercher à préciser ce que je ressens. Une roue des émotions peut par exemple aider lorsqu’on manque de vocabulaire pour identifier une émotion.


Cette étape peut être précieuse.

Elle vient après le ressenti.

Elle ne le remplace pas.


C’est aussi pour cela que je fais une différence entre ressentir une émotion et chercher à la comprendre.

Ressentir, c’est être en contact avec ce qui se passe.

Comprendre, c’est chercher à mettre du sens dessus.

Les deux peuvent se compléter.

Aucune n’a besoin d’effacer l’autre.


Faut-il toujours savoir pourquoi ?

Je ne pense pas.

Parfois, nous savons très bien pourquoi nous ressentons quelque chose.

Parfois, nous n’en savons rien.

Et parfois, nous pouvons vivre pleinement ce qui est là sans avoir besoin de trouver immédiatement son origine.


Si je me cogne le pied contre quelque chose et que j’ai mal, la situation est assez simple.

La douleur m’indique que quelque chose s’est passé.

Je n’ai pas besoin d'écrire une grande histoire autour de cette sensation.


Pour certaines expériences émotionnelles, c’est plus complexe.

Une tension peut être liée à du stress.

Une respiration courte peut apparaître dans une situation anxiogène.

Une sensation corporelle peut accompagner un questionnement, une joie, une peur, une colère ou une tristesse.

Et parfois, plusieurs choses sont présentes en même temps.

Chercher une signification unique peut alors nous éloigner de l’expérience elle-même.

Je peux simplement rester avec ce qui est là :

  • Respirer

  • Sentir

  • Observer

  • Laisser vivre

Et voir ce qui se transforme.


Quand la sensation revient

Cela ne signifie pas qu’il ne faut jamais chercher à comprendre.

Au contraire, lorsqu’une sensation revient régulièrement, qu’elle devient envahissante ou qu’elle nous questionne profondément, il peut être pertinent de prendre le temps de regarder ce qui se passe.


La question peut alors devenir :

De quoi ai-je besoin pour prendre soin de ce que je vis ?

C’est différent de : Comment faire disparaître ce que je ressens ?


Cette nuance me semble importante, parce que certaines sensations demandent peut-être de l’attention.

Pas forcément une interprétation ou une solution immédiate.

Simplement de l’attention.


Je trouve cela assez proche de ce qui se passe avec certaines pensées.

Si je me dis : « Il faut absolument que je pense à ça plus tard », la pensée peut revenir encore et encore.

Si je la note, si je lui donne une place, quelque chose peut déjà s’apaiser.


Pour les sensations corporelles, je retrouve parfois ce même mouvement.

Ce que je reconnais peut prendre sa place.

Ce que je cherche constamment à repousser peut continuer à réclamer mon attention.

Laisser une émotion s’exprimer… ou simplement l'observer

J'entends beaucoup parler aujourd’hui de « libérer ses émotions ».

Je suis assez prudent avec cette expression.

Il n’y a rien que nous devions forcément libérer.


Une émotion peut être accompagnée par des larmes.

Elle peut provoquer un rire, un mouvement, un cri, une respiration plus ample, et parfois elle ne produit rien de visible.

Je peux simplement ressentir, observer, être là.

Je n’ai pas besoin de décider consciemment : « Cette émotion doit sortir par les larmes », ou encore : « Cette colère doit être exprimée par le mouvement ».

Je peux simplement être témoin de ce qui se passe en moi, à travers moi.


C’est aussi une manière de laisser de la place à l’émotion, sans lui imposer de forme, sans chercher à obtenir un résultat.


Ce que le massage peut ouvrir

C’est aussi ce que j’aime dans le massage.

Il offre un temps pendant lequel l’attention peut revenir au corps.

Le toucher permet de ralentir, de sentir, de remarquer, de retrouver certaines sensations qui passent parfois inaperçues dans le quotidien.


Dans un massage, je ne cherche pas à provoquer une émotion, je n’essaie pas de faire sortir quelque chose.


Je propose un espace d’accueil : 

  • Si une émotion apparaît, elle est bienvenue.

  • Si des larmes viennent, elles peuvent être là.

  • Si le corps bouge, il peut bouger.

  • Si rien de particulier ne se passe, c’est tout aussi juste.


Et si une sensation devient trop intense, nous pouvons ralentir, faire une pause ou arrêter.

Le corps n’a rien à prouver.

Il n’a pas besoin de produire une expérience particulière pour que le moment soit intéressant.



Le massage peut alors devenir un espace pour expérimenter cette relation autrement.

Pas pour contrôler davantage le corps.

Plutôt pour retrouver une capacité à l’écouter.


Une expérience corporelle n’a pas forcément une explication cachée

Cette idée me semble importante lorsque nous parlons de mémoire émotionnelle ou de mémoire corporelle.


Il existe des situations dans lesquelles certaines expériences passées peuvent continuer à avoir des effets sur notre manière de ressentir ou de réagir. La recherche sur le corps, la mémoire, l’interoception et les réponses émotionnelles est riche et complexe.


Et je reste prudent avec l’idée selon laquelle chaque sensation serait la trace d’un événement passé qu’il faudrait retrouver.

Une tension n’est pas forcément la preuve d’un souvenir enfoui.

Une émotion n’est pas forcément le signe d’un traumatisme.

Et une sensation corporelle n’a pas toujours besoin d’être interprétée.

Parfois, elle est simplement là.

Cette prudence me semble importante pour ne pas enfermer une personne dans une histoire qu’elle n’a pas choisie.

Le corps peut être écouté sans être interrogé comme s’il détenait nécessairement un secret.


Et si nous commencions simplement par écouter ?

Lorsque je remarque une tension dans mon corps aujourd’hui, j’essaie de revenir à quelque chose de très simple.

  • Qu’est-ce que je ressens ?

  • Où est-ce que je le ressens ?

  • Est-ce que cela change lorsque je respire ?

  • Est-ce que cela bouge ?

  • Est-ce que cela s’intensifie ?

  • Est-ce que cela s’apaise ?


Et surtout :

Est-ce que j’ai besoin de comprendre maintenant ?

Parfois oui.

Parfois non.

Il peut être profondément rassurant de découvrir que nous pouvons ressentir quelque chose sans être obligés de trouver immédiatement une explication.

Nous pouvons simplement nous faire confiance suffisamment pour rester présents à ce qui se vit.

C’est peut-être cela, finalement, prendre soin de ses émotions dans le corps.

Pas chercher à tout contrôler.

Pas chercher non plus à tout lâcher.

Écouter.

Puis voir ce qui devient possible à partir de là.


Pour poursuivre ce chemin

Si cette question de la reconnexion au corps vous accompagne, vous pouvez poursuivre avec la page consacrée au corps et à la reconnexion à soi.


Et si vous cherchez un espace concret pour revenir aux sensations, ralentir et explorer cette relation au corps, je vous accueille dans mon cabinet à Pont-Croix pour un temps consacré à l’écoute, à la présence et au ressenti avec le massage taoïste sensuel.


Une dernière question


Qu’est-ce qui se passe dans votre corps lorsque vous cessez, pour quelques instants, de chercher à comprendre et que vous vous contentez de ressentir ?

Émotions dans le corps et sensations corporelles.
Émotions dans le corps et sensations corporelles.

 
 
 

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