Qu'est-ce que la mémoire corporelle ?
- Idris Lechaptois
- 5 août
- 4 min de lecture
Quand le corps semble se souvenir à notre place
J'entends souvent des personnes me dire en séance :
« Je ne comprends pas pourquoi je réagis comme ça. »
« Mon corps se bloque tout seul. »
« J'ai des tensions qui ne passent jamais. »
« J'en ai marre, je ne sais plus quoi faire. »
Parfois, elles ont déjà identifié un événement de leur histoire.
Parfois, elles n'en voient aucun.
Mais elles sentent que leur corps continue de réagir, comme s'il gardait la trace de quelque chose.
C'est souvent ce que l'on appelle la mémoire corporelle.
Le mental a parfois compris.
Le corps, lui, continue encore à protéger.
La mémoire corporelle : de quoi parle-t-on exactement ?
Nous possédons tous une mémoire corporelle.
Elle nous permet d'apprendre sans avoir à réfléchir : faire du vélo, nager, conduire...
Notre corps sait.
Et il apprend aussi à partir de nos expériences émotionnelles.
Lorsqu'une situation est vécue avec beaucoup de peur, de stress ou d'impuissance, notre organisme peut développer des réactions automatiques destinées à nous protéger.
Cela peut se traduire par :
une respiration qui se bloque ;
des tensions persistantes ;
une vigilance permanente ;
ou une réaction émotionnelle qui semble disproportionnée.
La mémoire corporelle ne signifie pas que toutes nos douleurs viennent d'un traumatisme.
Elle rappelle simplement que le corps apprend, lui aussi, à partir de ce que nous traversons.
Quand le corps continue de protéger
Pourquoi certaines réactions persistent-elles alors que l'événement appartient au passé ?
Parce que notre système nerveux cherche avant tout à nous maintenir en sécurité.
Lorsqu'une expérience a été particulièrement difficile, il peut conserver certains réflexes de protection.
Ils ne sont pas là pour nous empêcher de vivre.
Ils cherchent à éviter que nous soyons de nouveau confrontés à ce qui nous a fait souffrir.
Le thérapeute Peter A. Levine, créateur de la méthode Somatic Experiencing, explique que le traumatisme ne réside pas uniquement dans l'événement vécu, mais aussi dans la manière dont le système nerveux est resté mobilisé après celui-ci. Lorsque cette mobilisation ne peut pas se relâcher naturellement, certaines réactions de protection peuvent persister dans le temps.
Cette vision rejoint ce que j'observe souvent en séance.
Le corps ne cherche pas à nous compliquer la vie.
Il cherche avant tout à nous protéger.
Mon corps m'a appris cette réalité
J'ai moi aussi découvert cette réalité à travers mon propre parcours.
Pendant plusieurs années, je souffrais de douleurs chroniques sur tout le côté gauche de mon corps.
Je cherchais des explications physiques, j'essayais de comprendre...
C'est au cours d'un travail psychocorporel que j'ai commencé à faire le lien avec les crises d'angoisse que je traversais pendant ma dépression, plusieurs années avant.
Je ne dis pas que toutes les douleurs ont une origine émotionnelle, ce serait faux.
Cette expérience m'a cependant appris que certaines tensions peuvent parfois raconter une partie de notre histoire.
Lorsque le corps cherche simplement à être entendu
Avec le temps, j'ai changé de regard.
Aujourd'hui, je vois souvent le corps comme un enfant qui répète notre prénom et insiste encore et encore.
Non pas pour nous embêter.
Parce qu'il a besoin d'être entendu.
Les tensions.
La fatigue.
Les émotions qui surgissent.
Les réactions automatiques.
Peuvent parfois être des façons, pour le corps, de dire :
« Regarde ce que je porte encore. »
Le reconnaître ne signifie pas que tout disparaît immédiatement.
Mais cela ouvre souvent un espace différent.
Celui où le corps n'a plus besoin de crier aussi fort.
Quand le corps retrouve un espace de sécurité
Dans les séances, j'observe parfois des choses très simples : une respiration qui devient plus profonde, des épaules qui se relâchent, des micro-mouvements involontaires, des larmes, un rire ou un profond soupir.
Ces manifestations sont différentes pour chaque personne.
L'important n'est pas ce qui s'exprime.
L'important est que le corps se sente enfin accueilli, écouté et reconnu.
Que peut permettre le massage taoïste sensuel ?
Le massage taoïste sensuel ne cherche pas à faire revivre le passé.
Il ne promet pas de faire disparaître un traumatisme.
Il propose un espace où le corps peut vivre une expérience différente.
Un espace fondé sur :
le consentement ;
la sécurité ;
la présence ;
et l'écoute.
Dans ce cadre, certaines personnes découvrent progressivement une nouvelle manière d'habiter leur corps.
Non plus comme un ennemi mais comme un allié.
Le toucher conscient peut parfois permettre de renouer avec des sensations oubliées, d'apaiser certaines tensions et de retrouver une relation plus douce avec soi-même.
Vous pouvez découvrir cette approche sur la page consacrée au massage taoïste sensuel
Revenir dans son corps est aussi une manière d'avancer
Le travail psychologique permet souvent de comprendre ce que nous avons vécu.
Le travail corporel peut, lui aussi, avoir sa place.
Il est complémentaire d'un accompagnement thérapeutique et peut permettre au corps de vivre, dans le présent, une expérience de sécurité, de respect et d'écoute.
Petit à petit, certaines réactions évoluent : les tensions deviennent plus lisibles, le corps retrouve davantage de souplesse et une nouvelle relation à soi peut émerger.
En résumé
La mémoire corporelle n'est ni un mythe, ni une explication universelle à toutes les douleurs.
Elle nous rappelle simplement que le corps apprend, lui aussi, à partir de ce que nous vivons.
Certaines expériences laissent une empreinte dans notre manière de respirer, de bouger, de ressentir ou d'entrer en relation.
Avec le temps, l'écoute, un accompagnement adapté et des expériences nouvelles de sécurité, il devient parfois possible d'écrire une autre histoire.
Car il est parfois nécessaire d'accompagner le mental pour comprendre ce qui a été vécu…
…et le corps pour lui permettre de découvrir qu'aujourd'hui, il est enfin en sécurité.
Pour aller plus loin
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