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Pourquoi est-il si difficile de ralentir ?

Photo du rédacteur: Idris Lechaptois
Idris Lechaptois
il y a 2 jours
6 min de lecture


Il y a des jours où je sais très bien que j’aurais besoin de m’arrêter : sortir marcher, prendre l’air, faire quelque chose qui me fait du bien.


Et pourtant, je continue à travailler.


J’aime ce que je fais. J’ai envie d’avancer. J’ai envie de créer, de rencontrer, de découvrir, de vivre différentes expériences.

Alors pourquoi est-ce parfois si difficile de ralentir ?

« Comme si je n’avais pas le droit »


Pendant longtemps, il y avait chez moi une croyance assez simple : il fallait travailler dur.


Prendre du temps pour soi pouvait facilement ressembler à du temps perdu.


Je pouvais avoir envie d’aller me promener parce qu’il faisait beau, savoir que cela me ferait du bien… et me dire que j’irais après.


Puis je faisais autre chose, et encore autre chose.


Et finalement, la journée avançait.


Le soir arrivait et je pouvais ressentir une forme de culpabilité : je n’avais pas pris le temps de sortir alors que j’en avais eu envie.


Il y avait derrière cela quelque chose comme :

« Je pourrais faire plus. »

Si je m’arrête maintenant, je vais forcément avancer moins.


Et si je peux faire plus, pourquoi m’arrêter ?


Aujourd'hui, j'essaie de changer de paradigme :

Faire mieux plutôt que faire plus.

Je remarque aujourd’hui que je peux travailler moins longtemps et être davantage présent à ce que je fais.


Prendre une pause ne signifie pas forcément perdre du temps.


Parfois, cela change simplement la manière dont je vais utiliser le temps qui reste.


Le travail n’a pas besoin d’être terminé pour que je puisse m’arrêter


J’ai aussi connu une période où je pensais devoir avoir suffisamment travaillé pour mériter de profiter.

Comme si le plaisir devait venir après l’effort.

Il fallait avoir suffisamment avancé, suffisamment produit, suffisamment reçu en retour de son travail.


Aujourd’hui, cette croyance est beaucoup moins présente.


Ce qui me joue encore des tours est différent.


J’ai plusieurs activités professionnelles. Je ne peux pas consacrer chaque jour de la semaine à chacune d’elles.


Alors, lorsque j’ai enfin du temps pour travailler sur l’une d’elles, il peut y avoir cette impression : « J’aimerais faire plus, alors autant profiter à fond de ce temps. »


Et c’est là que je peux oublier de m’arrêter.


Je peux être dans un véritable élan.


Je peux sincèrement avoir envie de continuer.


La difficulté n’est donc pas toujours de quitter quelque chose qui ne me plaît pas.


Elle peut aussi apparaître quand je suis profondément engagé dans quelque chose qui me plaît.


Même ce qui nous fait du bien a besoin d’espace


Aujourd’hui, ce que je fais dans ma vie correspond beaucoup plus à ce que j’ai envie de vivre.


Je peux travailler sur un projet qui m’enthousiasme, donner des massages, accompagner des personnes, créer, écouter de la musique, marcher, passer du temps avec ma compagne…


Je ne cherche plus à repousser le plaisir à plus tard.


Et pourtant, je découvre quelque chose : il est possible de se surcharger de choses que l’on aime.


Parce qu’une activité agréable reste une activité.


Elle mobilise de l’attention, de l’énergie, de la présence.


Et si je remplis tout l’espace disponible avec des choses qui me plaisent, il ne reste plus forcément beaucoup de place pour apprécier, intégrer ce que je viens de vivre, sentir ce qui se passe à l’intérieur, pour remarquer une tension avant qu’elle ne prenne trop de place.


Je m'en rends compte assez concrètement, lorsque j’ai moins de temps pour moi, je me ressource moins avec les choses que je m’offre.


Certaines tensions restent présentes, elles s’accumulent et au bout d’un moment, même les activités que j’aime peuvent perdre un peu de leur saveur.


Ce n’est pas forcément qu’elles ne me nourrissent plus.


C’est peut-être simplement que je n’ai pas laissé suffisamment d’espace pour recevoir ce qu’elles avaient à me donner.


Ce qui change quand je m’arrête vraiment


Je pense à une soirée récente, j’ai pris deux heures pour mixer, pas pour travailler ou produire quelque chose.

Juste pour moi.

J’étais seul. Je n’ai vu personne, et je me suis offert ce temps.


Après, je me suis senti joyeux, heureux d’avoir pris ce temps pour moi et je me suis rendu compte que j’avais de l’énergie, de l’envie, de la créativité.


C’est ce que je retrouve aussi dans une balade, dans un moment dans la nature ou simplement dans un temps où je n’ai rien de prévu.


Je ressens alors plus de clarté, plus d’apaisement.


J'ai la sensation de retrouver de l’espace.


Et cet espace ne m’éloigne pas de ma vie.


Au contraire, il me permet de revenir à elle autrement.


C’est aussi ce que j’explore dans mon rapport au corps : parfois, ralentir permet simplement de remarquer ce qui était déjà là.


  • Une tension.

  • Une fatigue.

  • Une envie.

  • Un besoin de bouger.

  • Le plaisir d’être tranquille.


Cette écoute du corps rejoint naturellement mon travail autour de la reconnexion au corps et de la conscience corporelle.


Ralentir avant que le corps ne réclame


Pendant longtemps, je n’ai pas toujours su m’arrêter avant d’être vraiment fatigué.


Aujourd’hui encore, cela peut m’arriver.


Je peux passer une ou deux semaines avec un peu plus de tension sans forcément m’en rendre compte.


Puis, à un moment, quelque chose devient suffisamment inconfortable pour que je comprenne : Là, j’ai besoin de me ressourcer.


Et alors je m’arrête :

  • Je vais dormir.

  • Je lis.

  • Je vais marcher.

  • J’annule parfois un rendez-vous.

  • Je peux dire que je ne suis pas disponible.

  • Je peux aussi simplement revenir plus tard.


Ce rapport entre tension accumulée et difficulté à retrouver un état plus calme fait aussi écho à ce que j’explore dans l'article - Quand le corps reste en état d’alerte.


Ce qui a changé, finalement, n’est peut-être pas que je ressens toujours immédiatement le bon moment pour ralentir.


C’est plutôt que je m’autorise davantage à tenir compte de ce que je ressens.


Je n’ai plus besoin d’attendre que tout soit terminé ou d’avoir une bonne raison.


Je peux reconnaître que quelque chose en moi demande de l’espace et lui donner.


Ralentir, pour moi, c’est écouter régulièrement


Aujourd’hui, ralentir ne signifie pas nécessairement faire moins.


Cela ressemble davantage à une écoute régulière.


Dans une journée, je peux me demander :

  • Est-ce que j’ai besoin de faire une pause ?

  • Est-ce que j’ai envie de travailler maintenant ?

  • Est-ce que j’ai envie de travailler autrement ?

  • Qu’est-ce que j’ai envie de faire ce soir ?


Cela peut être très simple et vouloir dire ne pas faire ce que j’avais prévu.

Parce qu’une autre chose est devenue plus juste sur le moment.

Je peux avoir envie de marcher alors que j’avais prévu de travailler.

Je peux avoir besoin de rester seul alors que j’avais prévu de voir quelqu’un.

Je peux sentir que j’ai suffisamment donné pour aujourd’hui.


Ralentir devient alors une question de qualité de présence.


Il ne s’agit pas de devenir perpétuellement disponible à toutes ses envies, ce serait une autre forme de boulimie.


Il s’agit plutôt de garder suffisamment d’espace pour entendre ce qui est vivant, sans devoir immédiatement le transformer en action.


Faire de la place à ce que nous vivons


Je ne cherche plus à opposer travail et repos, activité et immobilité ou encore plaisir et effort.


J’essaie plutôt de voir comment ils peuvent trouver leur place dans une même journée.


Il y a des moments où j’ai envie d’avancer, d’autres où j’ai besoin de m’arrêter.


Je ne le sais pas à l’avance, je le découvre en cours de route.


Le corps peut m’aider à le sentir : une tension qui revient, une fatigue, une sensation de saturation.


Ou simplement cette petite voix qui me dit : « J’ai envie d’aller dehors. »

Encore faut-il lui laisser une place.

Et peut-être que ralentir commence précisément là, pas forcément en faisant moins ou en changeant toute son organisation.


Simplement en acceptant, plusieurs fois par jour, de se poser la question :

De quoi j'ai envie là, maintenant ?

Et de laisser cette réponse avoir sa place.


Pour poursuivre ce chemin

Si cette question de l’écoute du corps vous parle, vous pouvez poursuivre avec la page consacrée à la reconnexion au corps, qui rassemble les différentes approches proposées autour de cette exploration.


J’aborde aussi plus précisément ce qui se passe lorsque le corps reste mobilisé longtemps dans l'article - Quand le corps reste en état d’alerte.


Et si vous cherchez un espace pour ralentir, revenir aux sensations et simplement prendre soin de vous, le massage taoïste sensuel peut également être une manière d’explorer cette qualité de présence au corps.


Pour moi, ralentir n’est finalement pas renoncer à vivre beaucoup.


C’est peut-être apprendre à laisser assez d’espace entre les choses pour pouvoir réellement les vivre.


Et vous, qu’est-ce qui vous aide à reconnaître qu’il est temps de vous arrêter ?


Difficile de ralentir et de prendre du temps pour soi
Difficile de ralentir et de prendre du temps pour soi.

 
 
 

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